mardi 8 décembre 2009

Violence conjugale : "Pour l'entourage, la violence conjugale est difficile à entendre"

Interview de Florence Brié, membre de la fédération nationale Solidarité Femmes et présidente de l'Escale, parue sur Nouvelobs.com le 8 juillet 2008

D'après un rapport de l'Observatoire national de la délinquance, les violences conjugales sont en forte accélération depuis trois ans (+31,3% par rapport à 2004). Qu'est-ce qui peut expliquer ce phénomène ?


- Il y a plusieurs raisons à cette augmentation. Tout d'abord, le fait que les femmes battues sortent du silence. Elles osent parler et porter plainte. Ce rapport montre que 21% des femmes portent plainte. Cela peut paraître peu, mais en 2000, seulement 12% des femmes le faisaient. Il y a donc une nette amélioration à ce niveau.
Pourquoi est-ce que les femmes osent plus parler ? La tolérance de la société vis-à-vis de ces pratiques est moindre qu'avant. Grâce à de grandes campagnes de communication des pouvoirs publics, les femmes se sentent déculpabilisées, déresponsabilisées. Porter plainte contre son mari, contre le père de ses enfants, contre quelqu'un qu'on a choisi, ce n'est jamais facile. Même s'il le mérite.
La démarche des associations spécialisées, comme la nôtre (l'Escale, qui fait partie de la Fédération nationale Femmes solidarité) est aussi très importante. Elles accompagnent les femmes victimes de violence conjugale dans leur démarche de plainte auprès de la police, elles les soutiennent afin qu'elles ne soient pas seules.
La modification de la loi d'avril 2006 sur les violences conjugales a également joué : cette loi donne des circonstances aggravantes pour les ex-conjoints auteurs de violence au sein du couple. La séparation est en effet une période où les violences s'accélèrent parfois : l'ex-conjoint n'accepte pas la séparation et les femmes, même séparées, peuvent continuer d'être victimes de violence.
Car la violence prend différentes formes. Elle n'est pas forcément physique, elle peut aussi être psychologique, économique, administrative, passer par les enfants, la séquestration… Ces formes de violence ne sont pas forcément reconnues dans la loi.
Enfin, il y a eu des actions de sensibilisation à l'égard de la police, qui sait mieux recevoir et traiter ce genre de plainte.

Y a-t-il un profil des auteurs et des victimes de violence conjugale ? Et les hommes sont-ils aussi victimes de violences au sein du couple ?

- Il n'y a pas de profil des victimes, ni des auteurs de violence conjugale. Ce n'est pas un héritage. On parle plutôt de stratégie de la violence. Cette violence est inscrite dans un contexte, une histoire à la fois collective et personnelle, une construction sociale, le poids des cultures. Si la violence existe, c'est à cause de la représentation que la société en donne. Longtemps, la société a accepté, toléré les violences, ce qui a conduit certains hommes à avoir un comportement sexiste et violent envers les femmes.
Ce n'est pas un sujet nouveau, cela fait 30 ans que nos associations existent et demandent que l'on se mobilise sur ce sujet. A ce niveau-là, l'évolution de la mobilisation des différents acteurs est plutôt positive : en France, comme en Europe, de plus en plus de rapports, de recueils de données sont produits. Ces bases sont importantes pour mieux connaître l'étendue de ce fléau et mieux se mobiliser.
Quant aux hommes, nous ne nous occupons pas, dans notre association, de ce sujet, mais ils constituent de 3 à 5% des victimes de violences conjugales. Loin derrière les femmes.

Quel doit-être le rôle de l'entourage, dans le cas d'un couple qui connaît des violences conjugales ? Doit-il intervenir et dénoncer de telles pratiques ?

- Il faut avant tout rappeler au conjoint victime de violence, que celle-ci est un délit, et donc puni par la loi. Donc inacceptable. Il faut également soutenir les victimes, les croire. Surtout ne pas les juger ni les culpabiliser, car souvent, les proches ne comprennent pas. La violence est difficile à entendre. Il faut donc parler, orienter la victime pour qu'elle soit accompagnée par des professionnels, mais aussi la soutenir, l'appuyer dans ses décisions.
Un autre facteur à prendre en compte, est l'impact qu'a la violence au sein du couple sur les enfants? Ils l'entendent tous les jours, ils la subissent. Que penser, quand un père frappe sa femme devant ses enfants ? Face à la violence conjugale, l'accompagnement, le soutien des victimes, doivent être très forts.

Interview de Françoise Brié par Sibylle Laurent
(le mardi 8 juillet 2008)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire