Interview de Gérard Grunberg, directeur de recherches au Cevipof, parue sur Nouvelobs.com le 12 mars 2009
Ce soir, les militants vont voter pour les listes du PS aux européennes. Ce vote est présenté par la direction comme une formalité. Trois mois après les déchirements du congrès de Reims, est-ce le retour à une vraie unité du PS ou une belle façade ?
- Les divisions de Reims se sont atténuées. Pour autant le parti n’est rassemblé ni sur une ligne politique clairement définie ni sur un éventuel candidat à l’élection présidentielle. Martine Aubry a cependant accru son autorité sur le parti.
Avec la constitution des listes européennes, les coalitions autour de Ségolène Royal et Bertrand Delanoë ont éclaté. On a l'impression que le PS devient un parti éclaté, où se croisent de grandes fédérations manœuvrant pour leurs intérêts et des écuries personnelles. Sont-ce des conséquences du congrès de Reims ? Sur quelles bases le PS peut-il repartir ?
- Le parti est effectivement très éclaté et les stratégies individuelles dominent. Les courants sont beaucoup moins stables, solides et dirigés que jadis. Ils se font et défont plus facilement. En outre, l’élection présidentielle conduit les différents leaders à éviter d’être dans la minorité. Ségolène Royal n’a rien perdu de sa détermination et de ses capacités de rebond mais elle a perdu des soutiens importants parmi les personnalités du parti. Cette situation instable durera tant que le parti n’aura pas clairement tranché son mode de désignation à l’élection présidentielle. Enfin, en acceptant d’intégrer des "royalistes" à la direction, Martine Aubry a pu se recentrer et moins dépendre de des soutiens à la gauche du parti.
Martine Aubry ne cesse de parler de rénovation du parti. Y a-t-il pour l'instant de vrais changements? Et a-t-elle réellement les moyens de changer, n'ayant pas de majorité, et une légitimité assez réduite ?
- Il y a une certaine amélioration du fonctionnement du parti. Mais la direction est pléthorique et très hétérogène politiquement. Elle manque donc d’une ligne politique claire. Ceci risque de durer jusqu’au prochain congrès. Si Martine Aubry n’a pas de majorité cohérente, en revanche, elle est pour l’instant la seule alternative crédible à Ségolène Royal au sein du parti ce qui lui donne un espace réel pour renforcer son leadership. Mais une contre-performance éventuelle aux européennes pourrait relancer le débat interne.
Pour ces élections européennes, on agite beaucoup de frondes et de noms, mais le programme et la réflexion du PS sur l'Europe ont-ils évolué ? Y a-t-il ce renouveau que veut Martine Aubry ?
- Le manifeste européen du parti traduit un certain rapprochement des différentes tendances du parti sur la question européenne après la déchirure de 2005. Ce rapprochement se fait plutôt sur une ligne pro-européenne et s’inspire plus que d’habitude du manifeste du Parti des Socialistes Européens pour les élections européennes, manifeste plus à gauche et critique à l’égard du marché que les précédents. Pour autant il est difficile de percevoir un véritable projet de relance européenne dans les propositions socialistes. Comme d’habitude quand le parti est dans l’opposition il va privilégier l’opposition à Nicolas Sarkozy et non les thématiques européennes qui continuent de diviser le parti même si ces divisions se sont atténuées. En particulier sur la ratification du Traité de Lisbonne.
Interview de Gérard Grunberg par Sibylle Laurent
(le jeudi 12 mars 2009)
Ce soir, les militants vont voter pour les listes du PS aux européennes. Ce vote est présenté par la direction comme une formalité. Trois mois après les déchirements du congrès de Reims, est-ce le retour à une vraie unité du PS ou une belle façade ?
- Les divisions de Reims se sont atténuées. Pour autant le parti n’est rassemblé ni sur une ligne politique clairement définie ni sur un éventuel candidat à l’élection présidentielle. Martine Aubry a cependant accru son autorité sur le parti.
Avec la constitution des listes européennes, les coalitions autour de Ségolène Royal et Bertrand Delanoë ont éclaté. On a l'impression que le PS devient un parti éclaté, où se croisent de grandes fédérations manœuvrant pour leurs intérêts et des écuries personnelles. Sont-ce des conséquences du congrès de Reims ? Sur quelles bases le PS peut-il repartir ?
- Le parti est effectivement très éclaté et les stratégies individuelles dominent. Les courants sont beaucoup moins stables, solides et dirigés que jadis. Ils se font et défont plus facilement. En outre, l’élection présidentielle conduit les différents leaders à éviter d’être dans la minorité. Ségolène Royal n’a rien perdu de sa détermination et de ses capacités de rebond mais elle a perdu des soutiens importants parmi les personnalités du parti. Cette situation instable durera tant que le parti n’aura pas clairement tranché son mode de désignation à l’élection présidentielle. Enfin, en acceptant d’intégrer des "royalistes" à la direction, Martine Aubry a pu se recentrer et moins dépendre de des soutiens à la gauche du parti.
Martine Aubry ne cesse de parler de rénovation du parti. Y a-t-il pour l'instant de vrais changements? Et a-t-elle réellement les moyens de changer, n'ayant pas de majorité, et une légitimité assez réduite ?
- Il y a une certaine amélioration du fonctionnement du parti. Mais la direction est pléthorique et très hétérogène politiquement. Elle manque donc d’une ligne politique claire. Ceci risque de durer jusqu’au prochain congrès. Si Martine Aubry n’a pas de majorité cohérente, en revanche, elle est pour l’instant la seule alternative crédible à Ségolène Royal au sein du parti ce qui lui donne un espace réel pour renforcer son leadership. Mais une contre-performance éventuelle aux européennes pourrait relancer le débat interne.
Pour ces élections européennes, on agite beaucoup de frondes et de noms, mais le programme et la réflexion du PS sur l'Europe ont-ils évolué ? Y a-t-il ce renouveau que veut Martine Aubry ?
- Le manifeste européen du parti traduit un certain rapprochement des différentes tendances du parti sur la question européenne après la déchirure de 2005. Ce rapprochement se fait plutôt sur une ligne pro-européenne et s’inspire plus que d’habitude du manifeste du Parti des Socialistes Européens pour les élections européennes, manifeste plus à gauche et critique à l’égard du marché que les précédents. Pour autant il est difficile de percevoir un véritable projet de relance européenne dans les propositions socialistes. Comme d’habitude quand le parti est dans l’opposition il va privilégier l’opposition à Nicolas Sarkozy et non les thématiques européennes qui continuent de diviser le parti même si ces divisions se sont atténuées. En particulier sur la ratification du Traité de Lisbonne.
Interview de Gérard Grunberg par Sibylle Laurent
(le jeudi 12 mars 2009)
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