Interview de Robert Schneider, conseiller éditorial au Nouvel Obs, parue sur Nouvelobs.com le 26 mars 2008
Mardi soir, le Conseil national du PS a entériné pratiquement à l'unanimité la date du congrès, en novembre prochain, en cherchant à donner une image d'unité. En coulisse, Bertrand Delanoë et Martine Aubry se placent pour contrer Ségolène Royal. L'issue du futur congrès n'est-il pas plus incertain que jamais, sachant qu'aucun prétendant au poste de secrétariat général n'est majoritaire à lui tout seul ?
- Au sein du parti socialiste, il y a eu des conflits autrement plus sévères, par exemple entre Michel Rocard et François Mitterrand. Le PS a actuellement des difficultés à choisir son leader, ce qui laisse présager des divisions à venir. Mardi au Conseil national, l'heure était à l'ovation pour les nouveaux élus, à la photo de famille.
Les responsables du PS étaient tous d'accord sur le fait qu'il faut être uni, et ils ont réussi à s'entendre sur la date du futur congrès. Ségolène Royal n'était au début pas d'accord sur cette date, qu'elle souhaitait avancer en juillet. Mais elle a renoncé car elle se sentait peu soutenue là-dessus.
L'affrontement au PS aura lieu aussi sur le mode de désignation du candidat. Au sein du parti, il y a plusieurs écoles. Tout d'abord, les classiques, comme Laurent Fabius, qui souhaitent faire élire le candidat par les militants du parti, comme c'est déjà le cas. Certains penchent par contre pour une élection à l'américaine, les militants votant parmi les responsables du PS qui se présentent. Enfin, il y a les tenants d'une élection à l'italienne : le PS désignerait son candidat et les autres partis de gauche le leur.
"Il va falloir non pas simplement bien gérer notre victoire, il va falloir organiser la prochaine", a dit François Hollande au Conseil national, en annonçant une phase de "travail collectif" et la création d'un conseil des territoires. Comment voyez-vous ce chantier de rénovation du PS ?
- On a pu et on doit reprocher au PS d'avoir eu un programme très faible pendant la campagne présidentielle. Mais les prochaines élections présidentielles ne sont que dans quatre ans, le parti n'est donc pas obligé d'avoir dans les trois mois un programme clair et défini. Il a tout intérêt à prendre son temps. D'autant plus que Nicolas Sarkozy, qui a déjà débauché allègrement des personnalités de gauche, ne se priverait pas de piocher dedans.
Le parti socialiste a du travail, c'est sûr. La réforme des retraites, la réforme de l'Etat, l'Europe, sont autant de questions sur lesquelles le parti va devoir proposer sa vision. Il va devoir s'efforcer de trouver un consensus minimum pour formuler des contre-propositions étayées et sérieuses.
Cela n'est pas le cas pour le moment, mais ce n'est pas encore dramatique. D'autant plus qu'avant le congrès de novembre, les candidats vont déposer des motions, et autant de programmes définis, qui donneront des pistes et sur lesquelles se feront les discussions et se noueront des ententes.
Pour Martine Aubry, "nous ne devons plus occulter dans nos débats les questions de fond sous prétexte de maintenir l'unité". Justement, le PS semble osciller entre la volonté d'afficher son unité et le débat de fond. En quoi le changement de secrétaire général va jouer sur ce chantier de rénovation ?
- Tout dépendra de la personnalité du futur secrétaire général, et pour le moment, il est impossible de dire qui sera désigné. Ce qui est certain, c'est que s'il se présentait, François Hollande arriverait en tête. En effet, si le premier secrétaire est déprécié dans l'opinion publique à cause de sa longévité à la tête du PS et de la défaite du parti aux élections présidentielles, il est très apprécié des militants de gauche.
Que ce soit Ségolène Royal, Bertrand Delanoë ou d'autres qui se présentent, aucun premier secrétaire ne pourra être élu contre la volonté de François Hollande. Quant à lui, son statut de chef de parti a été à la fois un avantage et une faiblesse : ce statut lui a donné une image trop partisane pour pouvoir briguer une candidature présidentielle. Il va avoir quatre ans pour prendre de la hauteur. Tout reste ouvert au sein du parti socialiste, et François Hollande n'est pas un personnage à mettre de côté.
Interview de Robert Schneider par Sibylle Laurent
(le mercredi 26 mars 2008)
Mardi soir, le Conseil national du PS a entériné pratiquement à l'unanimité la date du congrès, en novembre prochain, en cherchant à donner une image d'unité. En coulisse, Bertrand Delanoë et Martine Aubry se placent pour contrer Ségolène Royal. L'issue du futur congrès n'est-il pas plus incertain que jamais, sachant qu'aucun prétendant au poste de secrétariat général n'est majoritaire à lui tout seul ?
- Au sein du parti socialiste, il y a eu des conflits autrement plus sévères, par exemple entre Michel Rocard et François Mitterrand. Le PS a actuellement des difficultés à choisir son leader, ce qui laisse présager des divisions à venir. Mardi au Conseil national, l'heure était à l'ovation pour les nouveaux élus, à la photo de famille.
Les responsables du PS étaient tous d'accord sur le fait qu'il faut être uni, et ils ont réussi à s'entendre sur la date du futur congrès. Ségolène Royal n'était au début pas d'accord sur cette date, qu'elle souhaitait avancer en juillet. Mais elle a renoncé car elle se sentait peu soutenue là-dessus.
L'affrontement au PS aura lieu aussi sur le mode de désignation du candidat. Au sein du parti, il y a plusieurs écoles. Tout d'abord, les classiques, comme Laurent Fabius, qui souhaitent faire élire le candidat par les militants du parti, comme c'est déjà le cas. Certains penchent par contre pour une élection à l'américaine, les militants votant parmi les responsables du PS qui se présentent. Enfin, il y a les tenants d'une élection à l'italienne : le PS désignerait son candidat et les autres partis de gauche le leur.
"Il va falloir non pas simplement bien gérer notre victoire, il va falloir organiser la prochaine", a dit François Hollande au Conseil national, en annonçant une phase de "travail collectif" et la création d'un conseil des territoires. Comment voyez-vous ce chantier de rénovation du PS ?
- On a pu et on doit reprocher au PS d'avoir eu un programme très faible pendant la campagne présidentielle. Mais les prochaines élections présidentielles ne sont que dans quatre ans, le parti n'est donc pas obligé d'avoir dans les trois mois un programme clair et défini. Il a tout intérêt à prendre son temps. D'autant plus que Nicolas Sarkozy, qui a déjà débauché allègrement des personnalités de gauche, ne se priverait pas de piocher dedans.
Le parti socialiste a du travail, c'est sûr. La réforme des retraites, la réforme de l'Etat, l'Europe, sont autant de questions sur lesquelles le parti va devoir proposer sa vision. Il va devoir s'efforcer de trouver un consensus minimum pour formuler des contre-propositions étayées et sérieuses.
Cela n'est pas le cas pour le moment, mais ce n'est pas encore dramatique. D'autant plus qu'avant le congrès de novembre, les candidats vont déposer des motions, et autant de programmes définis, qui donneront des pistes et sur lesquelles se feront les discussions et se noueront des ententes.
Pour Martine Aubry, "nous ne devons plus occulter dans nos débats les questions de fond sous prétexte de maintenir l'unité". Justement, le PS semble osciller entre la volonté d'afficher son unité et le débat de fond. En quoi le changement de secrétaire général va jouer sur ce chantier de rénovation ?
- Tout dépendra de la personnalité du futur secrétaire général, et pour le moment, il est impossible de dire qui sera désigné. Ce qui est certain, c'est que s'il se présentait, François Hollande arriverait en tête. En effet, si le premier secrétaire est déprécié dans l'opinion publique à cause de sa longévité à la tête du PS et de la défaite du parti aux élections présidentielles, il est très apprécié des militants de gauche.
Que ce soit Ségolène Royal, Bertrand Delanoë ou d'autres qui se présentent, aucun premier secrétaire ne pourra être élu contre la volonté de François Hollande. Quant à lui, son statut de chef de parti a été à la fois un avantage et une faiblesse : ce statut lui a donné une image trop partisane pour pouvoir briguer une candidature présidentielle. Il va avoir quatre ans pour prendre de la hauteur. Tout reste ouvert au sein du parti socialiste, et François Hollande n'est pas un personnage à mettre de côté.
Interview de Robert Schneider par Sibylle Laurent
(le mercredi 26 mars 2008)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire