mardi 8 décembre 2009

Obama et l'Europe : "S'il est élu, Obama continuera à mettre en avant les intérêts américains"

Interview de Charlotte Lepri, chercheur spécialiste des Etats-Unis à l'Iris, parue sur Nouvelobs.com le 25 juillet 2008

Barack Obama poursuit sa tournée internationale en Allemagne, puis en France. Comment expliquer son extrême popularité en Europe ? La visite de John McCain en mars dernier avait été moins médiatisée…


- La visite de John McCain avait été beaucoup moins médiatisée, en effet. Pratiquement personne n'en avait parlé. Les médias européens s'y étaient très peu intéressés, et les retours dans les journaux aux Etats-Unis avaient été très faibles. Le premier avantage qu'a Obama, c'est celui d'être démocrate. Nous avons en Europe une vision très négative des Etats-Unis : ignorance, unilatéralisme, arrogance, manque d’ouverture. Et le républicain George W. Bush personnalise toutes ces critiques avec ses politiques très impopulaires, en particulier ses guerres. Rien que cela constitue un gros avantage pour Obama.
Puis, il y a la personnalité du candidat : Barack Obama est quelqu'un de dynamique, qui a énormément de charisme. C'est un Noir, qui représente l'Amérique qu'on aime. Bush est à l'inverse celui qui représente l'Amérique que l'on déteste, avec sa politique arrogante et unilatérale. Obama, c'est une autre Amérique, celle que l’on admire, celle qui a cette capacité à se renouveler sans cesse et à donner sa chance à chacun. Obama symbolise le self-made-man américain. C'est une image positive, celle qu'on veut avoir des Etats-Unis.
Et bien évidemment, la déception peut être à la hauteur des attentes qui sont placées en lui. Il ne faut pas oublier que, s'il est élu, Barack Obama sera certes président, mais président des Etats-Unis. Il fera donc comme ses prédécesseurs : il mettra en avant les intérêts américains. Il ne faut donc pas en attendre un changement trop radical.

Justement, dans son discours à Berlin, Barack Obama a semblé faire profil bas, en déclarant notamment : "Je sais que mon pays n'est pas parfait". Est-ce le retour d'une politique extérieure moins axée sur la suprématie des intérêts des Etats-Unis, ou une simple stratégie de candidat ?


- Barack Obama parle effectivement de renouer les relations transatlantiques, mais il le fait toujours en y mettant des conditions. De manière générale, sa position consiste à dire aux Européens : "Si vous voulez que les Etats-Unis mènent une politique moins unilatérale, il faut aussi que vous agissiez plus, il faut être plus présent sur la scène internationale, il faut prendre vos responsabilités : on veut bien arrêter, mais vous nous remplacez". Cela peut ne pas plaire aux Européens, auxquels il va ainsi demander d'envoyer plus de troupes en Afghanistan, par exemple. Il n'est pas sûr que les pays d'Europe en aient les moyens ou l'envie.
Par ailleurs, si Obama est président des Etats-Unis, sa marge de manœuvre va être réduite sur la politique internationale. Il est la tête de proue, bien entendu. Mais il va devoir compter avec le contre-pouvoir du Congrès, car la constitution américaine est ainsi faite que tous les pouvoirs s'équilibrent ; les lobbies, ainsi que l'opinion publique vont également entrer en jeu et peuvent empiéter sur ses marges de manœuvre.

L'unique discours public de Barack Obama en Europe s'est fait à Berlin, tandis qu'il ne fait qu'un passage éclair à Paris. Cette différence de traitement est-elle révélatrice des relations France/Etats-Unis ?


- Le fait que les relations entre la France et les Etats-Unis n'ont pas été très bonnes ces dernières années a dû jouer. Ainsi, lors des présidentielles américaines de 2004, le démocrate John Kerry était considéré comme "le candidat qui plaît aux Français". A l'époque, cela a certainement joué contre lui. Cette popularité était vue par les Américains comme une tare. Cela est cependant moins vrai aujourd'hui.
Les Américains se rendent en effet compte qu'ils sont peu appréciés à l'étranger. Les derniers sondages montrent qu'ils sont deux sur trois à se rendre compte qu'ils sont moins respectés à l'étranger ; neuf Américains sur dix veulent que leur président redore cette image.
Barack Obama est, lui, très conscient de la mauvaise image qu'ont les Etats-Unis dans le monde. Il veut profiter de cette popularité qu'il a en Europe pour séduire les Américains. Un président populaire pourrait attirer les Américains, car il pourrait redorer l'image de leur pays dans le monde.
Mais plus généralement, le choix de la ville où aurait lieu le discours s'est joué aussi sur un symbole qui voulait être fort : Obama a choisi de parler à quelques centaines de mètres de la porte de Brandebourg de Berlin, symbole de la réunification de la ville coupée en deux après la chute du Mur.

Interview de Charlotte Lepri par Sibylle Laurent
(le vendredi 25 juillet 2008)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire