mardi 8 décembre 2009

Départ d'Elkabbach d'Europe 1 : "Elkabbach a contribué à donner une mauvaise image d'Europe 1"

Interview de Claude Soula, journaliste au Nouvel Obs, parue sur Nouvelobs.com le 3 juin 2008

Jean-Pierre Elkabbach, qui préside Europe 1 depuis avril 2005, va être remplacé à la tête de la station. Selon vous, qu'y-a-t-il derrière cette décision du groupe Lagardère ?


- Selon Arnaud Lagardère, la décision a officiellement été prise il y a trois mois. Il a dit qu'il souhaitait initialement que le départ de Jean-Pierre Elkabbach soit annoncé en septembre, mais que "Jean-Pierre a insisté pour que cela se fasse avant l'été". Est-ce que c'est vrai, est-ce que c'est faux ? Il semble en tout cas que les choses se soient accélérées ces dernières semaines.
Je ne pense pas que l'annonce prématurée de la mort de Pascal Sevran sur Europe 1 soit la cause principale de ce départ. La véritable raison est que l'audience d'Europe 1 n'est pas très bonne. Elle a chuté de façon importante entre l'arrivée de Jean-Pierre Elkabbach et aujourd'hui : elle est passée d'environ 10% à près de 9%. Elle s'est redressée ces dernières semaines, mais cela ne suffit pas. Surtout que parallèlement, les principales concurrentes d'Europe 1, RTL et RMC ont augmenté. Jean-Pierre Elkabbach a par ailleurs contribué à donner une mauvaise image à la radio, avec des maladresses : se confier à Nicolas Sarkozy lors des embauches de journalistes a joué bien plus que l'affaire Sevran, somme toute assez mineure. C'est plutôt cette proximité, cette relation avec les hommes politiques qui ont donné à Europe 1 une image proche du pouvoir.
"L'affaire Sevran" n'est donc apparemment pas au cœur du départ. N'empêche. Jean-Pierre Elkabbach appelle cela "la désolante affaire Sevran", Arnaud Lagardère a répété plusieurs fois "l'affaire, l'affaire…" Cela semble quand même les avoir assez marqués.

Jean-Pierre Elkabbach garde son interview politique, et va devenir président de Lagardère News. Ce n'est donc pas vraiment un désaveu de sa hiérarchie ?

- Le fait que Jean-Pierre Elkabbach garde son interview politique montre bien que le journaliste n'est pas sanctionné, alors que l'image d'Europe 1 a souffert de l'affaire Sevran. Mais il y a un très grand flou qui entoure cette nouvelle fonction à Lagardère News. Il est difficile de comprendre pour le moment en quoi consiste exactement ce poste, si c'est un placard, ou si c'est vraiment pour instaurer une nouvelle organisation dans le groupe. Ce projet est pour l'instant incompréhensible.
Arnaud Lagardère a expliqué que cette entité, Lagardère News, est un "desk numérique", créé pour aider l'évolution du journalisme, pour aller vers un groupe plurimédia. Est-ce que cela veut dire mettre en commun Le Journal du Dimanche, Paris Match, Europe 1, Newsweb ? On ne sait pas. Rien n'est très concret.
On a le sentiment que la nouvelle du départ d'Elkabbach a été accélérée quand les fuites dans la presse ont commencé, qu'une conférence a alors été improvisée, et que cette nomination à une présidence de Lagardère News ressemble à une solution pour remplacer Jean-Pierre Elkabbach à la tête d'Europe 1 sans que cela ne ressemble à une sanction. Mais cela y ressemble quand même.
Enfin, il a quand même près de 70 ans. Il n'y a plus personne à son âge qui ait un poste à un niveau pareil. Est-ce que quelqu'un de 70 ans est le mieux placé pour moderniser et réorganiser une radio de ce genre ?

Lagardère dit justement vouloir accélérer la mise en place d'une nouvelle organisation. L'arrivée d'Alexandre Bompard, ancien énarque, actuellement à la direction des sports de Canal+ laisse augurer quels genres de changements ?

- Alexandre Bompard, c'est le sport et le football. C'est lui qui a négocié les accords avec la ligue de football pour Canal+ ; il connaît très bien ce milieu. Cette nomination semble aller dans le sens de toujours plus de sport pour Arnaud Largardère et Didier Quillot [président de la branche média de Lagardère, ndlr]. Europe 1 en a déjà pris la voie, avec notamment le lancement, en mai dernier, d'Europe 1 Sport.
Europe 1 annonce vouloir reposer sur un triptyque : des news, de l'humour et du sport. Une telle recette n'est pas totalement le fruit du hasard. Les dirigeants d'Europe 1 sont visiblement traumatisés par les très bons résultats de RMC en matière d'audience, et sa réussite dans le sport. Mais copier la concurrence, est-ce vraiment malin ?

Interview de Claude Soula par Sibylle Laurent
(le mardi 3 juin 2008)

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