jeudi 10 décembre 2009

Le gouvernement lance son clip musical


Article paru sur Nouvelobs.com le 10 décembre 2009

"Tous ceux qui veulent changer le mon-deu, venez chanter, venez danseeerr"... C'est le début du clip musical 2010 des jeunes de l'UMP, qui met en scène plusieurs membres du gouvernement (Yade, Bertrand, Lagarde, Darcos...) se déhanchant en play-back.

Le gouvernement est décidément ten-dance. Comme toute bonne entreprise soucieuse d'améliorer l'entente entre ses salariés, plusieurs membres du gouvernement se sont prêtés à la réalisation d'un "lipdub", à l'initiative des jeunes UMP, et qui circule déjà sur internet, jeudi 10 décembre. Lipdub, comprenez un clip promo chantant, sous-forme d'une vidéo réalisée en plan séquence, et en playback.
"Plus de 250 jeunes, et 17 grandes personnalités du monde politique, artistique, sportif et associatif ont contribué à ce grand projet pour soutenir notre cause", nous vend le communiqué des jeunes UMP. Parmi lesquels : Rama Yade, Christine Lagarde, Xavier Darcos, Gilbert Montagné, David Douillet…

"Le show-biz le plus bête s'introduit dans la politique"

Les réactions n'ont d'ailleurs pas tardé à tomber, pas franchement emballées. Le premier, l'ancien ministre de la Jeunesse, de l'Education et de la Recherche Luc Ferry a jugé le clip "ridicule" et "consternant". Interrogé sur le Talk Orange-Le Figaro, il est d'abord incrédule : "Non ce n'est pas vrai, vous me faites une blague ? Ils n'ont pas fait un truc aussi nul, ce n'est pas possible".
Pour lui, ce clip est "dégoulinant de bêtise. Comment peut-on faire un truc aussi médiocre ?", demande-t-il, se disant "consterné" : "Pour le coup, cela me choque vraiment. Cela me fait de la peine que le show-biz le plus bête, le plus médiocre s'introduise dans la politique comme cela, c'est désespérant".

Bon plan com'

Le clip, présenté par les jeunes UMP sur leur site comme "le clip officiel des Jeunes Populaires pour l’année 2010", bénéficie en tout cas d'un plan com' de première main. Une soirée de lancement "en avant première et en exclusivité" est prévue à Paris le vendredi 11 décembre. En bons communicants, les jeunes UMP ont déjà mis en ligne sur leur site le teaser, destiné à nous vendre le clip. Un bandeau s'affiche sur fond noir, avec une accroche à la syntaxe douteuse : "Le pire risque, c'est celui de ne pas en prendre". S'ensuivent des flashs plus ou moins flous censés nous mettre l'eau à la bouche. Mais le clip dans son intégralité est circule déja sur internet en version piratée. Et vaut son pesant de cartes d'adhérents à l'UMP.
Sur un air rappelant les Enfoirés appelant à notre bon coeur au début de l'hiver, les ministres du gouvernement se succèdent, entourés de jeunes UMP, chantent en cœur un refrain qui a le mérite d'accrocher – voire de coller sacrément au crâne.

"Tous ceux qui veulent changer le mon-deu..."

C'est parti, sur les airs de "tous ceux qui veulent changer le mon-deu/Venez chanter, venez danser/ Tous ceux qui veulent changer le mon-deu/ Venez marcher z-à mes côtés". Préparez-vous à avoir la larmette à l'œil. Premier plan, apparaît Rama Yade chantant en play-back qui ondule au sein de rangées de jeunes UMP ; puis lui succède Christine Lagarde, qui se déhanche follement le doigt en avant perchée sur une estrade ; Patrick Devedjian, lui, part en solo en murmurant "dans un chant de fraternité" ; à prendre au premier degré ou pas, s'avance ensuite Rachida Dati qui murmure en play-back "j'entends la révolte qui gronde", puis monte d'un octave et s'élance en arrière et les bras en l'air sur un parterre de jeunes UMP .

"...Toujours l'avenir recommen-ceu"

Et ça continue avec Jean-Pierre Raffarin qui chante dans l'herbe, David Douillet contre un arbre, Laurent Wauquiez qui relance le refrain en promettant l'œil aguicheur "venez marchez z-à mes côtés" ; "laissez fleurir à la ronde les chemins de la liberté", chante, en crooner qui se tient, Frédéric Lefebvre, qui termine sa prestation en mettant ses mains en cœur ; Chantal Jouanno sur son vélo, Eric Woerth le pointé de doigt un brin coincé… jusqu'au final en beauté, Xavier Bertrand et Nadine Morano, qui passent en frétillant sous une haie d'honneur des jeunes. Il n'y a pas à dire, si le gouvernement voulait nous convaincre de ses qualités en matière de synchronisation de déhanchement et pointé du doigt, on est décidément convaincu. Ils sont en tout cas rodés pour la soirée de présentation du clip vendredi, car, promettent les jeunes UMP, " le son Dancefloor vous accompagnera jusqu’à la fin de la nuit !"
En attendant la sortie CD du tube du gouvernement, allez, encore un p'tit coup pour la route : "Mourir d'amooouuur et mourir d'espérance/ Toujours l'avenir recommen-ceu,/ Je viens te dire à mon tour / Tous ceux qui veulent changer le mon-deuuu/ Venez marcher z-à mes côtés…

(Sibylle Laurent - Nouvelobs.com)

mardi 8 décembre 2009

Congrès national du PS : "Le PS a intérêt à prendre son temps"

Interview de Robert Schneider, conseiller éditorial au Nouvel Obs, parue sur Nouvelobs.com le 26 mars 2008

Mardi soir, le Conseil national du PS a entériné pratiquement à l'unanimité la date du congrès, en novembre prochain, en cherchant à donner une image d'unité. En coulisse, Bertrand Delanoë et Martine Aubry se placent pour contrer Ségolène Royal. L'issue du futur congrès n'est-il pas plus incertain que jamais, sachant qu'aucun prétendant au poste de secrétariat général n'est majoritaire à lui tout seul ?


- Au sein du parti socialiste, il y a eu des conflits autrement plus sévères, par exemple entre Michel Rocard et François Mitterrand. Le PS a actuellement des difficultés à choisir son leader, ce qui laisse présager des divisions à venir. Mardi au Conseil national, l'heure était à l'ovation pour les nouveaux élus, à la photo de famille.
Les responsables du PS étaient tous d'accord sur le fait qu'il faut être uni, et ils ont réussi à s'entendre sur la date du futur congrès. Ségolène Royal n'était au début pas d'accord sur cette date, qu'elle souhaitait avancer en juillet. Mais elle a renoncé car elle se sentait peu soutenue là-dessus.
L'affrontement au PS aura lieu aussi sur le mode de désignation du candidat. Au sein du parti, il y a plusieurs écoles. Tout d'abord, les classiques, comme Laurent Fabius, qui souhaitent faire élire le candidat par les militants du parti, comme c'est déjà le cas. Certains penchent par contre pour une élection à l'américaine, les militants votant parmi les responsables du PS qui se présentent. Enfin, il y a les tenants d'une élection à l'italienne : le PS désignerait son candidat et les autres partis de gauche le leur.

"Il va falloir non pas simplement bien gérer notre victoire, il va falloir organiser la prochaine", a dit François Hollande au Conseil national, en annonçant une phase de "travail collectif" et la création d'un conseil des territoires. Comment voyez-vous ce chantier de rénovation du PS ?

- On a pu et on doit reprocher au PS d'avoir eu un programme très faible pendant la campagne présidentielle. Mais les prochaines élections présidentielles ne sont que dans quatre ans, le parti n'est donc pas obligé d'avoir dans les trois mois un programme clair et défini. Il a tout intérêt à prendre son temps. D'autant plus que Nicolas Sarkozy, qui a déjà débauché allègrement des personnalités de gauche, ne se priverait pas de piocher dedans.
Le parti socialiste a du travail, c'est sûr. La réforme des retraites, la réforme de l'Etat, l'Europe, sont autant de questions sur lesquelles le parti va devoir proposer sa vision. Il va devoir s'efforcer de trouver un consensus minimum pour formuler des contre-propositions étayées et sérieuses.
Cela n'est pas le cas pour le moment, mais ce n'est pas encore dramatique. D'autant plus qu'avant le congrès de novembre, les candidats vont déposer des motions, et autant de programmes définis, qui donneront des pistes et sur lesquelles se feront les discussions et se noueront des ententes.

Pour Martine Aubry, "nous ne devons plus occulter dans nos débats les questions de fond sous prétexte de maintenir l'unité". Justement, le PS semble osciller entre la volonté d'afficher son unité et le débat de fond. En quoi le changement de secrétaire général va jouer sur ce chantier de rénovation ?

- Tout dépendra de la personnalité du futur secrétaire général, et pour le moment, il est impossible de dire qui sera désigné. Ce qui est certain, c'est que s'il se présentait, François Hollande arriverait en tête. En effet, si le premier secrétaire est déprécié dans l'opinion publique à cause de sa longévité à la tête du PS et de la défaite du parti aux élections présidentielles, il est très apprécié des militants de gauche.
Que ce soit Ségolène Royal, Bertrand Delanoë ou d'autres qui se présentent, aucun premier secrétaire ne pourra être élu contre la volonté de François Hollande. Quant à lui, son statut de chef de parti a été à la fois un avantage et une faiblesse : ce statut lui a donné une image trop partisane pour pouvoir briguer une candidature présidentielle. Il va avoir quatre ans pour prendre de la hauteur. Tout reste ouvert au sein du parti socialiste, et François Hollande n'est pas un personnage à mettre de côté.

Interview de Robert Schneider par Sibylle Laurent
(le mercredi 26 mars 2008)

Condamnation de Hu Jia : "Les JO n'améliorent pas les droits de l'Homme, au contraire"

Interview de Cai Chongguo, rédacteur en chef du China Labour Bulletin et dissident politique chinois, parue sur Nouvelobs.com le 3 avril 2008

Le dissident chinois Hu Jia vient d'être condamné par le régime de Pékin à une peine de trois ans et demi de prison. Qu'en pensez-vous ? Son activité dissidente était-elle réellement subversive ?

- Sa condamnation est totalement absurde. Hu Jia n'est pas vraiment un dissident politique. Il est simplement engagé depuis sa jeunesse dans des combats, notamment ceux de la protection de l'environnement et du sida.
En effet en Chine, le commerce du sang est très répandu. Beaucoup de paysans pauvres vendent leur sang pour avoir un petit peu d'argent et c'est comme cela que la maladie se répand. Hu Jia dénonçait la corruption et la responsabilité des gouvernements locaux, qui sont très compromis sur ces sujets.
Hu Jia a été condamné parce qu'il a donné des informations sur ces problèmes, ce que le gouvernement ne tolérait pas. Un autre des problèmes qu'il a montré du doigt, est l'expropriation des paysans de leurs terres par le gouvernement. Hu Jia aurait pu fuir la Chine et demander l'asile politique, mais il a préféré rester pour aider des gens. Il a choisi de s'exprimer publiquement : il a envoyé des mails à des correspondants à la fois à l'intérieur de la Chine et à l'extérieur.
Il a juste posé la question des droits civils, a critiqué les phénomènes de corruption et de violation des droits élémentaires.

Quelles sont les libertés les plus menacées en Chine ? Peut-on vraiment parler d'une dissidence chinoise ?

- Le vrai problème est celui de la liberté d'expression. L'Etat contrôle la presse, les sites internet sont surveillés. Les associations vraiment indépendantes n'existent pas. Quant aux syndicats indépendants, ils sont strictement interdits. Même les organisations non gouvernementales (ONG) sont plus ou moins liées au gouvernement : elles font souvent bien leur travail, mais sous l'œil de Pékin.
On parle de dissidents politiques, mais il est plus exact de parler de défenseurs des droits civils et des droits de l'Homme. Ces défenseurs des libertés existent en Chine : ce sont des avocats, des journalistes, ou même des citoyens ordinaires, qui dénoncent les responsabilités du gouvernement et l'injustice sociale par tous les moyens de communication, internet, la radio… Beaucoup de paysans aussi font des grèves.
Bien évidemment c'est dangereux, mais c'est déjà quelque chose. En Chine, personne ne peut prétendre changer des choses. Mais il y a quand même une marge de manœuvre.

Quel est l'impact des Jeux Olympiques sur la répression chinoise ? La donne a-t-elle changé ?

- Je suis à la fois très en colère et désolé. On voit très bien que les Jeux Olympiques ne permettent pas d'améliorer les droits de l'Homme. Les pays occidentaux ont souvent dit qu'en organisant les Jeux Olympiques, le gouvernement chinois avait fait des efforts. Non. Il a fait tout à fait le contraire. Les Jeux Olympiques ont créé un sentiment nationaliste en Chine. La crise au Tibet a fait grandir ce sentiment et la haine envers les Occidentaux. Les menaces de boycott des pays occidentaux ne servent à rien. Ce n'est plus le moment.
Le gouvernement chinois profite de cette montée de ce nationalisme pour accentuer la répression. Il est en plein rapport de force. La condamnation de Hu Jia à trois ans et demi de prison est une nouvelle provocation, un nouveau symbole de ce mépris qu'a la Chine pour cette question des droits de l'Homme.

Interview de Cai Chongguo par Sibylle Laurent
(le jeudi 3 avril 2008)

Cyclone en Birmanie : "L'aide humanitaire va-t-elle pouvoir soutenir les populations ?"

Interview d'Isabelle Dubuis, coordinatrice du site Info-Birmanie, parue sur Nouvelobs.com le 6 mai 2008

Le cyclone Nargis a fait plus de 15.000 morts. La junte birmane aurait-elle pu limiter l'ampleur des dégâts, comme le dénonce Laura Bush, qui l'accuse de ne pas avoir informé à temps la population ? Quelles sont les conséquences sur le long terme pour ce pays qui est déjà dans une situation socio-économique difficile ?


- La Birmanie était déjà dans une situation de grande pauvreté et de détresse économique. A ce jour, les pertes matérielles et humaines sont considérables, on parle de 15.000 morts. Des chiffres d'autant plus alarmants qu'ils ont été donnés par le ministère de la communication de régime, ce qui laisse penser qu'ils sont minimisés. En effet, lors du tsunami, en 2004, le régime avait d'abord nié qu'il y ait eu des dégâts et des victimes, ce qui pourtant a été le cas. Mais très peu d'informations avaient filtré.
Il est vrai par ailleurs qu'on ne peut jamais éviter un cyclone. Mais il est également vrai que le travail d'information et de prévention de la junte birmane n'a absolument pas été fait. Les stations météorologiques et la Nasa avaient pourtant détecté ce cyclone dès mercredi ; il aurait donc été possible d'en informer les populations et de prendre des mesures adaptées. Au lieu de cela, la junte a préféré continuer à débiter sa propagande sur le référendum constitutionnel qui devait avoir lieu samedi. Le régime a ainsi mis près de trois jours à réagir et à accepter l'aide internationale.

La Birmanie est un pays très critiqué par la communauté internationale notamment sur la situation des droits de l'homme. Comment l'aide internationale peut-elle s'effectuer correctement sans soutenir le régime en place ?

- Le problème de l'aide humanitaire est quelque chose de très important. Lundi, la junte a eu un rendez-vous avec des responsables onusiens et a accepté l'aide internationale. Cependant, on a de fortes inquiétudes sur la façon dont l'aide va être allouée aux victimes. Une partie des populations sinistrées est en effet constituée de minorités ethniques, notamment les Mons et les Karens installés dans le delta de l'Irrawaddy. La population des Karens est victime de nettoyages ethniques de la part du gouvernement, cette zone est en pleine guerre civile entre les populations et l'armée ; et jusque là, c'était une zone complètement fermée à l'aide humanitaire.
L'aide humanitaire va-t-elle réussir à percer un front pour secourir les populations touchées ? Ce serait souhaitable et indispensable, mais il n'y a aucune garantie sur le sujet aujourd'hui.

Le référendum constitutionnel prévu samedi présenté par les autorités militaires comme ouvrant la voie à des "élections multipartites", a été maintenu malgré la situation. Une mauvaise gestion de cette catastrophe humanitaire peut-elle nuire au pouvoir en place et changer la donne du référendum ?

- En fait, à l'heure actuelle, nous savons de sources encore non officielles qu'il y a de très fortes chances pour que le référendum soit reporté. L'ampleur de la catastrophe fait qu'en effet, maintenir ce référendum serait un mauvais signe pour la population.
Ce référendum devait avoir lieu pour ratifier la nouvelle constitution. Cette constitution a été voulue et écrite par les dirigeants de la junte, sans aucune participation des minorités, ni de l'opposition politique qui en a été écartée petit à petit. Ce référendum a été largement décrié et effectivement il y avait des risques de contestation de la population civile.
Cependant, il est difficile de faire un lien direct entre le référendum et la catastrophe. Mais c'est une preuve de plus que le régime ne s'occupe pas de la population et a failli à son devoir élémentaire de protection. Et si la communauté internationale se mobilise, il n'y a eu aucun signe du régime montrant une intention de se porter au secours des populations. Ce ne sont pourtant pas les bras qui manquent. Il ne faut pas oublier que le régime birman possède une armée de 500.000 hommes ; ces hommes auraient pu être utilisés pour déblayer les routes, les habitations et distribuer les ressources indispensables comme l'eau et la nourriture. Bien que la propagande militaire ait montré quelques hommes en arme à Rangoon, on n'a constaté aucune aide réelle. A la place, on a surtout vu les moines, encore eux, aider les populations sinistrées.

Interview d'Isabelle Dubuis par Sibylle Laurent
(le mardi 6 mai 2008)

Départ d'Elkabbach d'Europe 1 : "Elkabbach a contribué à donner une mauvaise image d'Europe 1"

Interview de Claude Soula, journaliste au Nouvel Obs, parue sur Nouvelobs.com le 3 juin 2008

Jean-Pierre Elkabbach, qui préside Europe 1 depuis avril 2005, va être remplacé à la tête de la station. Selon vous, qu'y-a-t-il derrière cette décision du groupe Lagardère ?


- Selon Arnaud Lagardère, la décision a officiellement été prise il y a trois mois. Il a dit qu'il souhaitait initialement que le départ de Jean-Pierre Elkabbach soit annoncé en septembre, mais que "Jean-Pierre a insisté pour que cela se fasse avant l'été". Est-ce que c'est vrai, est-ce que c'est faux ? Il semble en tout cas que les choses se soient accélérées ces dernières semaines.
Je ne pense pas que l'annonce prématurée de la mort de Pascal Sevran sur Europe 1 soit la cause principale de ce départ. La véritable raison est que l'audience d'Europe 1 n'est pas très bonne. Elle a chuté de façon importante entre l'arrivée de Jean-Pierre Elkabbach et aujourd'hui : elle est passée d'environ 10% à près de 9%. Elle s'est redressée ces dernières semaines, mais cela ne suffit pas. Surtout que parallèlement, les principales concurrentes d'Europe 1, RTL et RMC ont augmenté. Jean-Pierre Elkabbach a par ailleurs contribué à donner une mauvaise image à la radio, avec des maladresses : se confier à Nicolas Sarkozy lors des embauches de journalistes a joué bien plus que l'affaire Sevran, somme toute assez mineure. C'est plutôt cette proximité, cette relation avec les hommes politiques qui ont donné à Europe 1 une image proche du pouvoir.
"L'affaire Sevran" n'est donc apparemment pas au cœur du départ. N'empêche. Jean-Pierre Elkabbach appelle cela "la désolante affaire Sevran", Arnaud Lagardère a répété plusieurs fois "l'affaire, l'affaire…" Cela semble quand même les avoir assez marqués.

Jean-Pierre Elkabbach garde son interview politique, et va devenir président de Lagardère News. Ce n'est donc pas vraiment un désaveu de sa hiérarchie ?

- Le fait que Jean-Pierre Elkabbach garde son interview politique montre bien que le journaliste n'est pas sanctionné, alors que l'image d'Europe 1 a souffert de l'affaire Sevran. Mais il y a un très grand flou qui entoure cette nouvelle fonction à Lagardère News. Il est difficile de comprendre pour le moment en quoi consiste exactement ce poste, si c'est un placard, ou si c'est vraiment pour instaurer une nouvelle organisation dans le groupe. Ce projet est pour l'instant incompréhensible.
Arnaud Lagardère a expliqué que cette entité, Lagardère News, est un "desk numérique", créé pour aider l'évolution du journalisme, pour aller vers un groupe plurimédia. Est-ce que cela veut dire mettre en commun Le Journal du Dimanche, Paris Match, Europe 1, Newsweb ? On ne sait pas. Rien n'est très concret.
On a le sentiment que la nouvelle du départ d'Elkabbach a été accélérée quand les fuites dans la presse ont commencé, qu'une conférence a alors été improvisée, et que cette nomination à une présidence de Lagardère News ressemble à une solution pour remplacer Jean-Pierre Elkabbach à la tête d'Europe 1 sans que cela ne ressemble à une sanction. Mais cela y ressemble quand même.
Enfin, il a quand même près de 70 ans. Il n'y a plus personne à son âge qui ait un poste à un niveau pareil. Est-ce que quelqu'un de 70 ans est le mieux placé pour moderniser et réorganiser une radio de ce genre ?

Lagardère dit justement vouloir accélérer la mise en place d'une nouvelle organisation. L'arrivée d'Alexandre Bompard, ancien énarque, actuellement à la direction des sports de Canal+ laisse augurer quels genres de changements ?

- Alexandre Bompard, c'est le sport et le football. C'est lui qui a négocié les accords avec la ligue de football pour Canal+ ; il connaît très bien ce milieu. Cette nomination semble aller dans le sens de toujours plus de sport pour Arnaud Largardère et Didier Quillot [président de la branche média de Lagardère, ndlr]. Europe 1 en a déjà pris la voie, avec notamment le lancement, en mai dernier, d'Europe 1 Sport.
Europe 1 annonce vouloir reposer sur un triptyque : des news, de l'humour et du sport. Une telle recette n'est pas totalement le fruit du hasard. Les dirigeants d'Europe 1 sont visiblement traumatisés par les très bons résultats de RMC en matière d'audience, et sa réussite dans le sport. Mais copier la concurrence, est-ce vraiment malin ?

Interview de Claude Soula par Sibylle Laurent
(le mardi 3 juin 2008)

Incident nucléaire en Slovénie : "On amuse la galerie avec de faux incidents. Où sont les vrais enjeux ?"

Interview de Roland Desbordes, président de la Criirad (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité), parue sur Nouvelobs.com le 5 juin 2008

Un incident est survenu dans une centrale nucléaire à Krsko en Slovénie, mais tout serait sous contrôle. Ce type d'incident est-il fréquent ? A quoi est-il dû ?


- Sur ce type de centrales, que nous connaissons très bien car elles sont construites sous licence américaine, ce type d'incident est très fréquent. Le circuit primaire est un circuit très sollicité, car soumis à de très hautes températures, à une forte pression. Le problème a été classé comme "incident", car le liquide qui s'est échappé a été confiné à l'intérieur du bâtiment réacteur. Ce type d'incident est très, très classique. Par exemple en France, le 24 mai dernier, la centrale nucléaire de Dampierre, dans le Loiret, a subi le même genre d'incident : il y a une une fuite de 35 mètres cube d'eau qui sont sortis dans le bâtiment réacteur ; c'est-à-dire une fuite à priori plus importante que celle qui vient de se produire en Slovénie. Quand il s'agit d'une fuite de ce type, on a en général le temps d'arrêter le réacteur pour réparer et décontaminer ; c'est ce qui semble s'être passé.
A la Criiad (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité), nous avons des balises dans la vallée du Rhône, notamment sur la Drôme, pour la surveillance de la radioactivité. Sur ces balises, aucune alerte n'a été donnée pour l'instant. On va quand même faire des analyses plus fines dans les jours qui viennent pour voir s'il n'y a pas de pollution, même si elle est très, très faible. Je suis persuadé qu'il va y en avoir, même infime : Krsko n'est "qu"'à 800 kilomètres de chez nous. Tchernobyl, c'était à près de 2.000 kilomètres…

Le système d'alerte européen sur les risques radioactifs, qui a été déclenché, est utilisé fréquemment, selon la Commission européenne chargée de l'énergie, mais cil est rare que ces alertes soient rendues publiques. Qu'est-ce qui fait que cette fois-ci, Bruxelles a jugé nécessaire de communiquer sur cet incident ?

- A vrai dire, cette partie-là m'intrigue beaucoup. Ce système d'alerte a été mis en place en 1987, après Tchernobyl. Il a certainement fonctionné dans de nombreux cas pour tenir informé d'incidents nucléaires qui, comme je l'ai dit, arrivent fréquemment. Alors pourquoi dans ce cas précis, avoir réagi comme cela et rendu publique l'alerte ? Je vois deux hypothèses :
- Soit, Bruxelles a surévalué l'incident, et en se trompant dans ses estimations, a rendu l'incident public alors que les circonstances ne le nécessitaient pas.
- Soit, il y a une volonté marquée de la part de l'Europe et des pays nucléarisés de l'Europe de communiquer fortement là-dessus. Dans le but, évidemment, de faire croire aux gens que le nucléaire est sous contrôle et que tout fonctionne bien. En fait, je pencherais plutôt pour cette deuxième hypothèse.

Cette démarche ne serait-elle pas à double tranchant ? Car en rendant l'incident public, des associations comme "Sortir du nucléaire" ou Greenpeace réagissent vivement et relancent le débat sur la menace que les installations nucléaires posent pour sa population et son environnement…

- A double tranchant peut-être, mais cela reste une démarche très bien calculée. Il ne faut pas oublier que ces organismes sont très bien pourvus en experts en communication. La prise de risque est très contrôlée. Emboîter le pas, comme le font les associations anti-nucléaires, peut conduire pour elles à se discréditer. On va leur rétorquer : "Vous voyez bien, vous vous alarmez pour des choses totalement banales, d'importance mineure". La Criirad a justement choisi de ne pas faire de communiqué. Pour nous, il n'y a pas là d'évènement particulier. Cet incident fait partie des risques reconnus du nucléaire.
Je pense que c'est un piège tendu par les lobbies européens proches du nucléaire. Cela peut paraître paradoxal, mais trop d'information tue la vraie information. En France, après Tchernobyl, des autorités ont été créées pour informer dessus, comme l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Ces organismes ont une nécessité de transparence, mais qui consiste souvent à alerter les gens sur de faux incidents.
Je pense, par exemple, à un communiqué que nous avions reçu, informant qu'un ouvrier travaillant dans une centrale s'était cassé la jambe. Quel intérêt ? N'est-ce pas un moyen de nous endormir tous, la population comme les journalistes ? On traite sur le même ton des situations dramatiques et d'autres très banales. Et le jour où, réellement, une catastrophe se produira, personne ne réagira. J'ai le sentiment qu'on nous noie, que les vrais enjeux ne sont pas mis sur la place publique. Ainsi, Tchernobyl, 22 ans après : on n'a toujours aucune conclusion et aucun vrai bilan sur la catastrophe. Par contre, on va amuser la galerie avec des choses de ce genre. Il faut donc rester très vigilant sur ce type d'information.

Interview de Roland Desbordes par Sibylle Laurent
(le jeudi 5 juin 2008)

Offre raisonnable d'emploi : "Ce genre de mesure n'aura pas d'effets énormes"

Interview de Marc Gurgand, chercheur à l'école d'économie de Paris, parue sur Nouvelobs.com le 11 juin 2008

Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat chargé de l'Emploi, défend son "offre raisonnable d'emploi". Ce projet prévoit notamment des sanctions en cas de refus de deux "offres raisonnables d'emploi". Jouer sur la contrainte, plutôt que la motivation des chercheurs d'emploi, est-ce efficace ?


- Contrainte versus motivation… Au fond, on ne mesure pas encore très bien l'effet qu'ont les contraintes dans les dispositifs de recherche d'emploi.
Par contre, on sait, par exemple, que les incitations liées à l'assurance chômage ont des effets. Mais ces effets ne sont pas énormes. Ce sont d'abord les travailleurs les plus qualifiés qui sont sensibles à cette approche de fin de droits, et qui vont trouver du travail plus rapidement. L'effet de la fin de l'assurance chômage sur les moins qualifiés est en revanche moins clair.
En revanche, quel est l'impact du fait d'imposer aux gens un travail ? Il y a peu de résultats empiriques. Des expériences sont menées en la matière, par exemple aux Etats-Unis : on menace les gens d'être contrôlés très scrupuleusement sur leur recherche d'emploi ; et les gens ont tendance à retrouver des emplois. Mais ces gens anticipent une contrainte, c'est la menace qui a réellement un effet. Il est donc difficile de mesurer quelle part du retour à l'emploi est due à la mesure en elle-même, et quelle part à la crainte de la menace.
Dans l'ensemble, ces effets ne sont pas très forts. On ne s'attend pas à avoir des effets énormes de ce genre de mesure.

L'objectif affiché est de faire baisser les statistiques du chômage. Mais n'y a-t-il pas des effets pervers : celui de faire basculer les chômeurs dans la case des travailleurs précaires, ou celui des salaires proposés par les employeurs, qui risquent de tendre à la baisse ?

- Si on oblige les gens à accepter un emploi, il va y avoir une hausse du retour vers le chômage assez rapidement : les chômeurs ne sont pas motivés pour travailler dans un boulot qu'ils n'ont pas choisi et dont ils ne veulent pas forcément. Mais la frustration peut se faire des deux côtés : elle peut jouer également du côté des employeurs. En effet, il n'y a aucune raison pour que les employeurs aient envie d'embaucher des gens qui ne sont pas motivés pour le travail proposé.
L'effet sur les salaires est moins clair. Tant qu'on parle des chercheurs peu qualifiés, le salaire minimum encadre de toute façon le recrutement. L'effet peut peut-être jouer sur les emplois plus qualifiés ; mais d'un autre côté, ce sont ces travailleurs qualifiés qui sont le plus recherchés par les employeurs.
A mon sens, l'effet pervers principal, sera une hausse de la sortie du travail et un retour vers le chômage.

Le gouvernement dit s'aligner sur les autres pays européens. Or dans les pays qui ont durci les conditions de radiation des chômeurs, le service d'aide à la recherche d'emploi est de qualité. Le socialiste Pierre Moscovici parle de "flexibilité sans sécurité" en France. Quels sont les freins à cet accompagnement personnalisé et efficace en France ?

- C'est effectivement la politique d'accompagnement qui manque dans ce débat. Mais ce n'est pas tout à fait correct de dire qu'en France on ne se soucie pas de ces politiques. En réalité, on en fait, et de plus en plus. Seulement ces politiques se mènent pour l'instant de façon expérimentale. Il y a par exemple des opérateurs privés financés par l'Unedic qui assurent la prise en charge des demandeurs d'emploi ; l'Anpe développe aussi de son côté une très forte politique d'accompagnement personnalisé aux chercheurs d'emploi.
Mais ces mesures touchent pour l'instant un nombre limité de chômeurs, car ces institutions sont dans une démarche expérimentale. Cette démarche est absolument la bonne, mais elle prend du temps : l'horizon de la lutte contre le chômage est de 30 ou 35 ans. Dans cette réforme du droit des chômeurs qui est discutée, on parle beaucoup de cette "offre raisonnable d'emploi". Mais elle s'inscrit dans un schéma d'ensemble un peu plus large que cela ; même si il n'est pas certain que pour l'instant, il y ait des décisions très précises prises sur ces politiques d'accompagnement.

Interview de Marc Gurgand par Sibylle Laurent
(le mercredi 11 juin 2008)